Bienvenue

Bienvenue à vous qui poussez les portes de ce blog. Yokoso ! Welcome ! Wilkommen ! Manava !

samedi 25 mars 2017

Vers la Fémis et au delà !

Il y a quelques mois, j'ai découvert sur le site de la Charte des Auteurs Jeunesse une formation organisée par la Fémis et intitulée "Initiation à l'adaptation de romans". Le stage, ouvert aux auteurs de romans, avait pour objectif  de former 7 auteurs aux spécificités de l'adaptation pour le cinéma d'un texte littéraire. J'étais encore dans les dates et je me suis dit "Pourquoi pas? Qu'est-ce que je risque après tout ?"

Première étape : Le dossier

J'ai écrit une belle lettre de motivation expliquant mon rapport au cinéma et mes projets professionnels. J'ai choisi  Le Prodigieux Destin de Peter comme roman à adapter. C'est le plus récent, je le trouve esthétiquement très intéressant, j'aime la positivité qui s'en dégage et puis Peter a reçu des retours très positifs. Donc, j'ai résumé l'histoire de Peter et j'ai ajouté ma biographie et ma bibliographie.
J'ai envoyé le tout à la Fémis en espérant mais sans trop y croire parce que j'habite loin de Paris et que je n'ai aucune expérience dans le cinéma, juste ma passion, mon amour des films et ma motivation à apprendre de nouvelles techniques d'écriture. Ensuite, je suis partie en vacances en mettant tout ça très loin de moi (ça sert à ça les vacances).
Je suis rentrée sereine, remplie de zénitude... et le quotidien m'est tombé dessus : problèmes avec Pôle Emploi, dissolution du chœur dans lequel je chante toutes les semaines depuis deux ans. Bref, le ciel qui me tombe sur la tête.
Heureusement, une bonne nouvelle est arrivée peu après pour contrebalancer toutes ces catastrophes : j'avais passé la première étape de la sélection de la Fémis, mon dossier avait été accepté.



Deuxième étape : la Nouvelle

La deuxième épreuve consistait à lire quatre nouvelles de Richard Bausch tirées de son recueil intitulé Quelque chose est là dehors et à en sélectionner une. Voici un petit aperçu des nouvelles :
- La femme du révérend Thornhill raconte l'histoire d'une femme mariée et mère de deux enfants qui s'offre une journée d'amours adultères avec un amant rencontré sur internet. Un petit côté Desperate Housewife.
- Quelque chose est là dehors se passe juste après un drame. Paula rentre à la maison après avoir laissé son mari à l'hôpital. Ce dernier s'est fait tirer dessus par un ancien associé. Le mari est tiré d'affaire, l'assaillant a été arrêté, tout va bien. Enfin... tout devrait aller bien mais Paula n'est pas tranquille. Autour de la maison qu'elle vient de rejoindre, le blizzard dépose une neige de plus en plus épaisse. Paula rassure ses deux fils et la tante Dora mais elle n'y croit pas elle-même. Cette agression ne peut être que le début de quelque chose. Alors elle attend parce qu'elle sent bien que quelque chose est là dehors.
- Immigration, c'est l'histoire d'un couple. Lui est irlandais, elle américaine. Il doit déposer sa demande pour obtenir une carte de résident permanent mais ils sont en retard pour se présenter au service d'immigration, un peu désorganisés et ils flippent.
- Soixante-cinq millions d'années oppose la vision créationniste d'un curé à celle évolutionniste d'un adolescent de 15 ans. Dans quel but Dieu aurait-il créé les dinosaures et comment la Bible les explique-t-elle ? Face aux interrogations et aux doutes du jeune homme, le prêtre est désarçonné.
The Shining vu par Matthew Griffin

A l'épaisseur de mon résumé, vous avez pu comprendre que j'ai choisi Quelque chose est là dehors. J'ai beaucoup aimé la montée de la tension, l'interrogation permanente du lecteur (est-ce que les peurs de Paula sont fondées?), la transformation de l'univers familier en un décor étranger et oppressant. J'ai donc présenté mon choix en un argumentaire très court (c'était difficile de faire preuve de concision tellement il y avait à dire). Pourquoi cette nouvelle ? Quelles seraient les difficultés d'adaptation d'un point de vue cinématographique ?
J'ai posté tout cela assez rapidement.
Et puis, j'ai attendu...


Troisième étape : le Jury

Début mars, le résultat est tombé : j'étais admissible à l'oral d'admission !
J'étais super contente, vraiment emballée de monter à Paris pour rencontrer un jury de professionnels. Je n'avais jusque là pas trop parlé de cette formation autour de moi mais j'avais à présent l'impression de la toucher du doigt. J'ai eu l'occasion de discuter avec Sophie Chérer, auteur jeunesse, qui avait participé au stage en 2014. Elle m'a beaucoup rassurée et m'a donné principalement un conseil : Sois toi-même. Ok, ça, je peux le faire.

J'en ai quand même profité pour visionner quelques films récents, surtout les primés aux Oscars et aux Césars. Ça a été l'occasion de voir de très beaux films :
 
L'effet Aquatique (César du meilleur scénario) Samir flashe sur Agathe, maître-nageur. Il fait semblant de ne pas savoir nager pour pouvoir suivre ses cours. Agathe se laisse peu à peu amadouer jusqu'à ce que le secret de Samir soit éventé. Agathe clôt toute relation mais Samir ira jusqu'en Islande pour la reconquérir.
Ma Vie de Courgette (César de la meilleure adaptation, mon coup de cœur, je vous le conseille mille fois :) Courgette est un garçon de 10 ans obligé d'intégrer un foyer pour enfants à la suite de la mort accidentelle de sa maman. Il y rencontre tout un éventail d'enfants qui vivent soudés contre l'adversité. Courgette trouve sa place jusqu'à ce qu'une nouvelle arrive. Elle s'appelle Camille et Courgette tombe amoureux.
Elle (César du meilleur film) Verhoeven est un habitué des films de monstres (Robocop, Total Recall, Starship Troopers...). Il traite ici de la même thématique mais en restant dans un univers complètement réel et c'est d'autant plus déroutant. Âmes sensibles, s'abstenir.

Mais, dans le lot de films primés, j'ai également visionné des films que je n'ai pas aimé :
Lalaland (Oscar de plein de trucs) Alors, oui, je sais, ce film a été porté aux nues. Je ne suis pas critique de cinéma mais j'ai trouvé le scénario terriblement convenu. Le film étire tellement l'intrigue qu'on finit par ne plus rien éprouver pour le couple qui s'aime/se déchire à l'écran. Tout aurait pu tenir en moitié moins de temps (1h10 suffisait amplement). La seule chose que j'ai trouvé vraiment réussie, c'est le traitement des couleurs. Et puis aussi, j'ai beaucoup aimé la scène d'introduction qui est pour moi le vrai clin d’œil du film au comédies musicales.
Manchester by the Sea (Oscar du meilleur scénario) Je ne m'étendrais pas sur ce film trèès long, trop long qui traite de l'impossibilité d'un homme à se remettre du deuil de ses enfants.

Le 20 mars, j'étais prête.
TGV, métro, petite marche jusqu'à la rue Francoeur : Fémis, me voilà !
Les lieux sont magnifiques. L'école est installée dans les anciens studios Pathé et nichée dans une structure en verre et acier. Certain éléments d'époque ont été conservés comme une très belle pointeuse et le fronton de la grille d'entrée.

Mon chemin était fléché, j'ai attendu dans un canapé rouge qu'on m'appelle. En patientant, je me suis souvenu que je connaissais le nom prestigieux de la Fémis depuis que j'étais ado. Quand j'étais au lycée, je rêvais de travailler dans le cinéma, j'étais abonnée au magazine Studio, je regardais tous les films qui passaient sur Canal et je voulais même être cameraman. Mais, avec un cursus littéraire entamé, je savais que mes chances étaient maigres et j'ai vite laissé tomber. Bref, le rêve était resté un rêve parce que je ne m'étais pas autorisée à y croire.
Au bout d'un quart d'heure, on est venu me chercher.
Le jury était composé par Raphaëlle Desplechin, scénariste et directrice d'atelier, Oury Milshtein, producteur et directeur de production ainsi que Carine Burstein, chef de projet.
L'entretien a commencé d'une façon étrange puisque Raphaëlle Desplechin m'a tout de suite expliqué que mon projet de scénario était trop cher à réaliser (moi qui n'aime pas parler d'argent, j'étais servie). Qui dit film d'époque dit budget, qui plus est si on parle d'un film fantastique avec un garçon qui vole. Mais elle a enchaîné avec une proposition très intéressante : avez-vous pensé à l'animation ? J'avais adoré Ma Vie de Courgette alors je voyais cela d'un très bon œil. J'ai tout de suite imaginé ce que pouvait donner Peter et le Cirque des Merveilles en stop motion et ça me plaisait vraiment. Oury Milshtein a eut l'air étonné.
Oury M : Un scénario d'animation c'est comme un scénario de film ?
Raphaëlle D : Bien sûr, ça reste du cinéma. Tous les scénarios sont les mêmes.
The Shining vu par Jamie Bolton
Dark City vu par ??

Nous avons ensuite discuté de mes goûts en matière de cinéma (mon cerveau se révélant subitement vide de toute donnée, je crois que je n'ai cité que deux films : Shining de Kubrick et Dark City d'Alex Proyas). Nous avons enchaîné sur les films récents que j'avais vu (ouf ! J'avais bien fait de visionner quelques Césars/Oscars). J'ai eu d'ailleurs la bonne surprise de voir mon jury hocher la tête quand j'ai critiqué Lalaland. Oury Milshtein a également apprécié mes éloges de Elle (en même temps, il était directeur de production sur ce film). Puis nous avons abordé la nouvelle, Quelque chose est là dehors et j'ai expliqué pourquoi je l'avais choisi elle et pas une autre.
Enfin, on m'a demandé pourquoi je voulais adapter Peter Peton.
Moi : C'est à dire... Galymède se passe dans un monde d'héroïc-fantasy avec des elfes, des fées et toutes sortes de créatures imaginaires, Bazmaru prend place en Polynésie et l'Université Invisible parle de télépathes et de télékinésistes alors le choix était simple. Et puis Le Prodigieux Destin de Peter a reçu de très bons retours des lecteurs comme des libraires.
L'histoire de Bazmaru intriguait Carine Burstein alors elle m'a demandé de le pitcher, exercice très délicat avec lequel je ne suis pas encore au point. J'ai raconté. Oury Milshtein, le membre du jury le plus réticent à mon univers, a dit « Ah oui, des hommes bleus, c'est un peu comme Avatar ! ». « Bah non, pas vraiment » j'ai répondu sans trop savoir comment expliquer que je n'étais pas du genre à copier les idées des autres.
L'entretien s'est terminé avec une dernière question à laquelle je ne m'attendais pas du tout : si votre projet aboutissait, est-ce que vous réaliseriez votre film ? Je suis restée muette d'étonnement pendant quelques secondes. Réaliser ? Moi ? J'ai répondu très franchement qu'il en était hors de question. Selon moi, le cinéma était une association de professionnels, chacun connaissant parfaitement son métier et son rôle. La réalisation était un travail à part entière que je ne maîtrisais absolument pas. Je suis assez humble pour savoir quand il faut confier sa création à un d'autre.
L'entretien terminé, nous avons cet ultime échange :
Moi : Bien, je m'en retourne sur ma Côte d'Azur.
Raphaëlle D : Ah oui, c'est vous qui habitez à... Toulon, c'est ça ?
Moi : C'est ça.
Oury M : Ah bon ? Je pensais que vous veniez de la planète bleu !
Moi : Non, c'est vrai que j'habite sur une planète mais c'est ma propre planète.
(Rires)


J'ai donc quitté la Fémis le cœur léger. Je n'avais rien à regretter, je m'étais montrée telle que j'étais avec mon univers. Au jury de décider. Puisqu'il ne pleuvait pas, j'ai traversé à pied les quartiers de Montmartre et de Pigalle (d'où les photos) puis j'ai pris le métro à Saint Georges jusqu'à la gare de Lyon.

Quatrième étape : le Résultat


Le lendemain midi, le résultat tombait, sans appel.
Nous sommes au regret de vous annoncer que vous n'avez pas été admise à la formation Initiation à l'adaptation de romans 2017.
Grosse déprime. Je savais que je n'avais que très peu de chance mais je n'ai pu m'empêcher d'être déçue. J'ai traîné ma carcasse pendant tout l'après-midi jusqu'à ce que je reçoive un second mail de Carine Burstein en personne.
Une erreur s'est glissée dans nos mails et vous êtes en fait 1ère en liste d'attente, ce qui signifie que si l'un des candidats retenu ne pouvait intégrer la formation, vous seriez la première à pouvoir l'intégrer. En vous renouvelant nos excuses.
Mon petit cœur de romancière s'est envolé à cette nouvelle. Je n'étais toujours pas prise mais il y avait un peut-être. 8ème sur 7, quelle pression !

Et nous voilà à aujourd'hui. Depuis mardi, je suis en attente d'un mail qui peut-être n'arrivera jamais. C'est à la fois déprimant et excitant. Mais, plus le temps passe, plus je sens bien que je me leurre. Qui donc abandonnerait sa place à une telle formation ? Les sept stagiaires ont beaucoup de chance et ils seraient bien bêtes de la laisser passer. Et puis, ce ne serait pas très beau joueur de ma part de souhaiter qu'il leur arrive quelque chose d'assez grave pour zapper cette formation. Bref, je patiente, j'avance dans mes écrits en essayant de ne pas trop y penser.

De toute façon, c'est décidé, si je ne suis pas prise, je me présente à la formation 2018 car le sang breton qui coule dans mes veines fait que je ne lâche pas l'affaire facilement.


1 commentaire: