Je lisais, regardais, écoutais quoi quand j’ai écrit ce roman ?
Mais d'abord, l’intertextualité, qu’est-ce que c’est ?
La notion d’intertextualité est très
étudiée par les linguistes et autres professionnels de la
littérature. C’est l’ensemble des textes qui influence un auteur
lors de son écriture. L’influence peut être clairement énoncée
(comme dans le cas d’une citation) ou à peine consciente. Je vais
étendre cette notion aux rêves, films, photos ou simples cartes postales. Tout
ça dans le but de démontrer qu’un auteur en plein création n'est
ni plus ni moins qu’une éponge.
J’ai choisi de traiter de l’exemple
le plus récent parce qu'il a l'avantage d'être encore frais dans ma tête. Le prodigieux destin de Peter est publié chez l’École des Loisirs et sera disponible en
librairie dès le 15 octobre 2014.
1 – Mes rêves
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Publicité pour les librairies Steimatzk. |
Le sommeil paradoxal est un drôle de
monde. Je ne sais pas si c’est le fait que je sois narcoleptique,
mais mes rêves sont parfois d’une complexité incroyable. Ils se
peuplent de personnages complètement inconnus et de paysages jamais
visités jusqu’alors. J’ai parfois l’impression d’aborder les
rives d’un territoire réel, un continent en perpétuel changement
modulé par des rêveurs plus hardis que les autres.
Une étrange histoire de chaudière...
Il était une fois un petit garçon installé dans une usine parcourue de gros tuyaux verts tous
reliés à une gigantesque chaudière. Pour une raison inconnue, la
chaudière se mit à dérailler. La chaleur augmenta tant que les
tuyaux se ramollirent comme de la guimauve. Leur corps déformé
bloquèrent les issues, interdisant tout échappatoire. Finalement,
la pression fit exploser la chaudière. Un liquide visqueux se
répandit dans la pièce comme une immense vague noire. Le garçon
fut enseveli. Pourtant, il ne mourut pas. L’étrange pâte brûla
ses cheveux mais épargna sa vie...
Je me réveillai le matin avec ce rêve
et le nom de ce qui courait dans les tuyaux : la pâte de
Polyductimère. Ainsi naquit la première idée de Peter Petons.
L’histoire était tellement étrange qu’elle me hanta pendant une
bonne semaine. Je finis par coucher sur le papier une première
ébauche d’explication : qui était ce garçon, que faisait-il
là, quelle était son histoire ?
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Super Girl by Joshua Middleton |
Voler !
Je ne compte plus le nombre de nuits
que je passe à voler. Les rêves sont d’un réalisme saisissant.
Les ailes sont l’extension de mes omoplates, je peux les plier et
les déplier à loisir. J’arrive même à sentir la pression de
l’air sur mes plumes et ma peau quand je vole. Mais comment est-ce
possible ? Comment mon cerveau parvient-il à créer des
sensation dans des muscles que je ne possède pas ? Le souvenir
de ces moments de vol m'a été bien utile quand Peter a déployé
ses ailes pour la première fois. Je savais ce qu'il ressentirait
puisque je l'avais moi-même déjà vécu en rêve. Il ne me restait
plus qu'à le retranscrire.
2 - Les livres lus
Johannes Cabal le nécromancien
de Jonathan L. Howard aux éditions Eclipses.
Pour récupérer son âme (vendue au
diable il y a quelques années déjà) Johannes Cabal doit faire
signer cent contrats de cession d’âme en une année. Pour ce faire
il dispose d’une fête foraine ambulante et de l’aide de son
frère Horst, un vampire débordant de la compassion que Johannes ne
possède pas.
Ce livre n’est pas mauvais en soi, il
n’est pas non plus terrible, le style de l’auteur laissant à
désirer (à moins que ce ne soit un problème de traduction). Il m’a
néanmoins donné envie d’en savoir plus et m’a amené à faire
des recherches sur les freak show. La preuve qu'on peut aussi se
laisser influencer par de mauvais livres.
Changelins (T1 Evolution) de
Sophie Dabat chez Black Book Editions. J’ai lu ce roman il y a
peut-être trois ou quatre ans. Je pense que l’histoire de cette
jeune fille à qui il pousse des ailes m’avait marqué plus
profondément qu’il n’y paraît. C’est en parcourant récemment
ma bibliothèque et en tombant sur ce livre que je me suis dit qu’il
y avait une familiarité avec Peter Petons. Sauf que ce sont des
ailes de chauve-souris qui poussent au final sur ses omoplates.
3 - Les livres non lus
Aussi improbable que cela puisse
paraître, mon imagination a été influencée par des livres que
j’avais envie de lire.
Cornes de Joe Hill est l’exemple
le plus parlant. Il y a des mois que ce titre est dans ma liste de
livres à acheter. Mais mes ressources étant limitées, j’ai
d’abord attendu que ce bouquin sorte en poche. J’en connaissais
vaguement l’accroche (un homme se réveille un matin avec des
cornes sur la tête) et ce simple résumé a apparemment suffi à mon
cerveau puisque j’ai construit ma propre version d’homme cornu
pour un personnage secondaire de Peter Petons.
Depuis, j’ai lu Cornes et je dois
dire que je ne regrette absolument pas d’avoir attendu aussi
longtemps. Ce livre est excellent et je n’ai pas décroché avant
la dernière page. Il paraît que Joe Hill est le fils de Stephen
King. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a hérité du
talent de son père.
Un film inspiré de ce roman sort très bientôt au cinéma (le 1er octobre 2014) avec Daniel Radcliffe (Harry Potter) en héros torturé. Drôle de choix d'acteur... Nous verrons comment le chouchou de Poudlard s'en sort.
Miss Pérégrine et les enfants
particuliers de Ransom Riggs aux éditions Bayard. Encore un
livre qui me tente beaucoup mais dont je n’ai pas encore fait
l’acquisition. Néanmoins, la seule puissance de la couverture a
suffi à titiller mon imagination.
4 - Les séries télés
Carnivàle (la caravane de
l’étrange en version française). Un petit bijou. Cette série a
été diffusée il y a presque 10 ans maintenant et elle a
malheureusement été annulée au bout de 2 saison (au lieu des 6
initialement prévues) par HBO mais son ambiance fantastique a marqué
ceux qui ont eu la chance de la voir. L’histoire : dans une Amérique désabusée par la crise, au cœur des années 40, Ben le
fermier change de vie pour rejoindre la troupe d’un cirque
itinérant. Le jeune homme possède malgré lui le don de guérison
et il est tourmenté par des rêves étranges et prophétiques. Son
chemin va croiser celui du révérend Justin, hanté par les mêmes
visions. Les deux hommes sont liés par un destin commun dans ce
monde en pleine (dé)construction. Reste à savoir s’ils en seront
le destructeur ou le sauveur.
Dans une ambiance très “freak”,
cette série envoûtante laisse son empreinte dans votre cerveau. Si
vous avez l’occasion de la voir, ne passez pas à côté !
5 - Les photos
Burning Man
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Burning Man by Trey Ratcliff |
Chaque année, au mois d’août, un
village temporaire se crée au cœur du désert de Black Rock dans le
Nevada. Pendant une semaine, les lieux se peuplent de milliers de
participants (les Burners). Ils vivent là en auto-suffisante (pas de
production de déchets), s’émancipent des lois du marché (le troc
remplace l’argent) pour créer une communauté où chacun exprimera
son art et sa folie personnelle. Une gigantesque effigie humaine est
dressée au beau milieu du site, elle sera brûlée à la fin du
festival (d'où le nom de Burning Man). Sculptures, spectacles,
théâtre, performances, concerts, aucun mode d'expression artistique
n'est oublié. On favorise la culture du moment présent et
l’interaction entre les personnes. Un temple sans religion
accueille les Burners qui ont besoin de se recueillir. Lui aussi sera
brûlé à l'issue du festival et reconstruit l’année suivante.
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Burning Man by Trey Ratcliff |
Bref, Burning Man a fait vibrer ma fibre hippie. Ce doit être une expérience hors du
commun à vivre au moins une fois. J’ai découvert l’existence de
ce festival incroyable grâce aux photos splendides de Trey Ratcliff (vous trouverez un lien vers son site à la fin de cet article). Certaines de ces prises de vue m’ont
orienté dans mon écriture. En particulier pour l’idée du
personnage d’Astaroth le cracheur de feu ainsi que pour l’aspect
final de la roulotte de Peter.
Paris 1914 en autochrome
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Rue du Faubourg Saint Denis. Sûrement tôt le matin. |
Le musée Albert Kahn est en train de
numériser des photos de Paris datant d’il y a un siècle. Grâce à
un procédé inventé par les frères Lumière, on était déjà
capable en 1914 de prendre des photos en couleur. Une histoire de
fécule de pomme de terre colorée (voir le lien vers l'article wikipédia à la fin de l'article pour plus
d’information). Bref, les prises de vue ainsi obtenues sont dans
les teintes de l’époque et c’est beau. Ça m’a permis de me
faire une idée de ce à quoi ressemblait la capitale au siècle
dernier : le trafic, l’allure des rues, les moyens de
transport, les métiers, les vêtements… Une mine d’informations
visuelles.
De vieilles cartes postales glanées sur internet
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Orchestre de cirque (entre deux guerres) |
Rien de telles que les images d'époque.
Photos de cirques, d'artistes, ce sont des instants figés pour
l'éternité. Chacune raconte une histoire, à nous d'imaginer laquelle. Avez-vous remarqué la silhouette dans la fenêtre du milieu. C'est finalement cette personne qu'on ne voit pas qui est la plus intéressante de la carte postale. Qui est-elle? Pourquoi ne pose-t-elle pas devant le photographe? Vous avez remarqué aussi l'enfant à la fenêtre de gauche? Ce sont des détails de ce genre qui éveillent l'imagination.
7 - Ce dont je ne me suis pas inspirée
On pourrait croire en lisant les chapitres précédents que je suis une passionnée du cirque. Il n'en est rien. Ma dernière expérience d'un tel spectacle remonte à mon adolescence et je dois dire qu'elle m'a franchement vaccinée. J'en garde un souvenir pitoyable. Au cours de la représentation, un cheval est tombé sur son écuyère, les funambules ont raté la plupart de leurs sauts, les deux clowns faisaient plus pitié que rire et, surtout, le dresseur a failli passer sous les griffes de ses lionnes parce qu'elles étaient en chaleur. Ah, elles étaient loin les paillettes et le ravissement que j'associais au cirque! C'est sûrement pour cette raison que j'ai voulu faire du Cirque des Merveilles (le cirque de Peter) un endroit de rêve. J'ai réécris ma propre version du cirque, la vision fantastique que j'en avais quand j'étais petite.
Bien sûr, je ne dis pas que tous les cirques sont pitoyables, je suis sûre qu'il existe encore de beaux cirques qui font rêver les enfants et leurs parents. Je dis juste que ma propre vision du cirque a été écorchée par des gens qui n'y croyaient pas eux-même.
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Une dernière photo de Tray Ratcliff juste pour le plaisir. ça ne vous donne pas envie d'aller à Burning Man? |
Pour aller plus loin
Voilà un article qui parle avec talent de
Carnivàl
N'hésitez pas à aller faire un tour sur le site de Trey Ratcliff
Pour les fans d’Antoine de Maximy, le
baroudeur est allé dormir à Burning Man : J'irai dormir à Burning Man. Ne ratez pas le bonus spécial Space cake, de quoi vous vacciner de tenter la même chose.
Un article wikipédia sur la technique de l'autochrome
Pour voir les belles photos mises en ligne par le Musée Albert Kahn, c'est par là. Mais vous pouvez aussi aller faire un tour sur le très bon site U-funk pour visionner les photos
en grand