Mon prochain roman ne sera pas édité
par l’École des Loisirs. C'est triste et difficile à encaisser.
Je me sens comme une ado qu'on viendrait de mettre à la porte de
chez elle.
Mais il faut que je vous explique...
Juste avant noël 2015, j'apprenais une
nouvelle troublante : Geneviève Brisac, directrice littéraire
des collections Mouche, Neuf et Médium, était dans une situation
délicate puisqu'elle venait de se voir reprocher ses choix
éditoriaux. Dorénavant, elle devrait demander l'aval du directeur
éditorial, Arthur Hubschmit avant toute nouvelle publication.
Difficile à supporter pour cette femme de lettre (prix Fémina 1996)
et de grand savoir qui travaillait depuis 27 ans dans cette maison
pour laquelle elle avait créé la collection romans. Trop difficile
même puisque Geneviève est partie, laissant ses avocats traiter
avec ceux de Monsieur Hubschmit.
Nous étions en décembre et j'étais
très loin de la France (en Australie), choquée par cette
information qui me semblait alors complètement irréelle :
comment EDL (aka l’École des Loisirs) pouvait-elle se priver d'une femme telle que Geneviève ?
Que devenait Chloé, la talentueuse assistante de Geneviève ? Et
qu'allait-il advenir de mon prochain roman terminé, retravaillé et
fignolé jusqu'à la dernière phrase ?
Sensible à la douleur qui devait être
celle de Geneviève et Chloé, je leur écrivais un mail de soutien,
rappelant combien j'appréciais de travailler avec elles deux et les
remerciant pour le travail que nous avions déjà accompli ensemble
(quatre romans tout de même !).
Voici un article qui traite de la
situation en début d'année 2016 : https://www.actualitte.com/article/monde-edition/l-ecole-des-loisirs-quand-l-avenir-a-soudain-un-gout-amer/62625
Les mois passèrent. Je demandais à Chloé
de soumettre mon manuscrit à Arthur Hubschmit puisqu'il portait
désormais la double casquette de directeur éditorial et directeur
littéraire.
Arthur Hubschmit lu attentivement La
fille sans nom puis nous eûmes une discussion téléphonique
très sérieuse mais plutôt courte. Extraits (à lire avec l'accent
suisse) : « Écoutez, je suis vraiment très embêté.
J'apprécie grandement votre style, votre sensibilité, mais je
n'accroche pas du tout au fantastique, c'est plus fort que moi, je
n'y arrive pas.(...) Vous comprenez, ce que je veux éditer
maintenant, c'est du livre-documentaire, du réel parce que c'est ce
dont les adolescents ont besoin aujourd'hui. »
Je raccrochais avec beaucoup de
tristesse comprenant que je n'avais désormais plus d'éditeur. Je ne
verrai pas ma Fille sans nom sous la couverture sobre de la
collection Médium. Il n'y aura pas de cinquième roman chez l’École
des Loisirs.
Grâce à Alice de Poncheville, je
compris que je n'étais pas du tout la seule dans ce cas là. Nous
étions même tellement nombreux que Alice a créé un blog où
chacun est venu témoigner. Vous pouvez lire les multiples articles ici :
https://laficelleblog.wordpress.com/
Ils sont assez édifiants car tous n'ont pas reçu le même accueil
de la part de Arthur Hubschmit. Certains ont été malmenés,
critiqués et regardés de haut.
Les seules personnes qui nous rapprochent tous, nous les auteurs refusés de EDL, ce
sont Geneviève Brisac et Chloé Mary. Nombreux sont ceux qui ont été découverts par ces deux femmes. Elles ont plus d'un livre à s'écrire, plus d'une histoire à venir au monde car ce sont des
sages-femmes comme on en croise que quelques-unes dans une vie.
J'ai témoigné moi aussi sur le blog
d'Alice, expliquant comment le roman que j'avais passé tant de mois
à retravailler sous la houlette de Geneviève et Chloé avait été
écarté par le nouveau boss pour la simple raison que lui n'aime pas
le fantastique.
Après une période de flottement où
je cherchais quoi répondre à la question et après ? je
décidai de ne pas me laisser abattre et de chercher d'autres
éditeurs. J'ai tenté ma chance chez Gallimard. Après un premier retour très positif (qui me demandait de bien vouloir patienter un mois jusqu'à la prochaine réunion du comité de lecture et de leur signaler si j'avais déjà eu des propositions d'autres éditeurs), j'ai finalement reçu un bien triste refus automatique (un mail posté par une machine à une heure du matin qui avance l'argument fallacieux de la ligne éditoriale).
Je suis à présent en train de prospecter auprès d'autre
éditeurs. C'est une impression étrange de revenir aux anciennes
méthodes : sélectionner les comités de lecture et leurs
adresses, imprimer le manuscrit, établir sa bibliographie, rédiger
un synopsis, faire des centaines de photocopies, relier le manuscrit,
acheter des enveloppes à soufflet (pour y caser 270 pages)...
Pendant ce temps-là, mes autres
projets d'écriture stagnent. Je n'arrive pas à travailler. Tant que
la Fille sans nom n'a pas trouvé de maison, je ne suis pas sûre de
pouvoir continuer à écrire.
Heureusement que ma BD, l’École de
PAN se porte bien. Elle continue à paraître tous les mois dans Moi
Je Lis tandis que le troisième tome du recueil se prépare chez
BDKids.
D'autre part, en juillet dans Moi Je Lis, vous pourrez lire un épisode inédit de Galaad : Le Poulain venu de la mer avec des illustrations absolument superbes de Glen Chapron.
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Les magnifiques illustrations sont de Glen Chapron |
Et en août, ce sera le tour de l’École de Pan de venir jouer les invités pour un grand récit qui s'appellera Les Super-rétrécis.
Voilà, vous savez tout.
Les cases en noir et blanc sont toutes tirées du manga Yotsuba& de Kiyohiko Atzuma, disponible aux éditions Kurakawa.